« Ce sont des dents de lait, elles vont tomber de toute façon. » Cette phrase, nous l'entendons presque chaque semaine. Elle est compréhensible — et elle coûte très cher aux enfants qui la subissent.
Ce qui se passe réellement sous la gencive
Une dent de lait cariée n'est pas une dent en sursis sans conséquence. Sous chaque dent de lait, la dent définitive est en formation. Lorsqu'une carie atteint le nerf de la dent de lait, l'infection se diffuse vers le germe de la dent permanente juste en dessous.
Résultat possible : une dent définitive qui sort tachée, déformée, mal minéralisée — ou qui sort de travers parce que la dent de lait a été perdue trop tôt et que l'espace s'est refermé.
Autrement dit : soigner une dent de lait, c'est protéger la dent définitive.
Les quatre signaux à ne pas laisser passer
- Une tache blanche crayeuse sur l'émail : c'est le tout début de la carie, et c'est encore réversible avec du fluor.
- Une tache brune ou noire, même minuscule : la carie est installée.
- L'enfant évite de mastiquer d'un côté, ou refuse le froid et le sucré.
- Une haleine forte persistante, malgré le brossage.
Une carie chez l'enfant progresse plus vite que chez l'adulte : l'émail des dents de lait est plus fin et moins minéralisé. Ce qui prendrait deux ans chez un adulte peut prendre six mois chez un enfant de cinq ans.
Le biberon et le sucre du soir
La « carie du biberon » est la plus évitable de toutes, et l'une des plus destructrices. Elle survient quand un enfant s'endort avec un biberon de lait, de jus ou d'eau sucrée. Pendant le sommeil, la salive diminue, le liquide sucré stagne autour des incisives — et l'attaque acide dure toute la nuit.
Règles simples :
- pas de biberon sucré au lit, jamais ;
- après le dernier biberon, essuyez les dents avec une compresse humide ou brossez-les ;
- pas de tétine trempée dans du miel ou du sucre ;
- limitez le grignotage sucré entre les repas. Ce n'est pas la quantité de sucre qui compte le plus, mais la fréquence des attaques acides.
À quel âge consulter
- Dès la première dent, ou au plus tard à 1 an, pour un simple contrôle et des conseils.
- Puis une visite par an, même si tout va bien.
- Vers 7-8 ans, un bilan d'orthodontie : c'est l'âge où l'on peut encore guider la croissance des mâchoires à moindre coût.
Une visite où l'on ne trouve rien n'est pas une visite inutile : c'est une visite qui dédramatise le fauteuil et apprend à l'enfant que le dentiste n'est pas une punition.
L'enfant qui a peur
La peur du dentiste s'apprend — souvent auprès des adultes. Quelques principes qui fonctionnent bien :
- Ne dites jamais « ça ne va pas faire mal ». L'enfant retient le mot « mal ». Dites plutôt « on va regarder tes dents ».
- N'utilisez pas le dentiste comme menace (« si tu continues, on va chez le dentiste »).
- Prenez un rendez-vous le matin, quand il est reposé.
- Au cabinet, nous montrons les instruments avant de les utiliser, nous expliquons ce que nous faisons, et nous nous arrêtons dès que l'enfant le demande. Un enfant qui garde le contrôle coopère.
Ce que nous faisons au cabinet
Selon le stade :
- Tache blanche : application de fluor, surveillance. Pas de fraise.
- Carie débutante : nettoyage et obturation en une séance courte.
- Carie profonde : soin du nerf adapté à la dent de lait, pour conserver la dent jusqu'à sa chute naturelle.
- Dent non récupérable : extraction, et si nécessaire un petit dispositif qui maintient l'espace pour que la dent définitive ait la place de sortir.
Le scellement des sillons : la prévention la plus rentable
Les molaires définitives qui sortent vers 6 ans ont des sillons profonds où la brosse ne passe pas. Un vernis de scellement y est appliqué en quelques minutes, sans douleur et sans anesthésie. Il réduit fortement le risque de carie sur ces dents pendant plusieurs années. C'est rapide, indolore, et bien moins coûteux qu'un soin.
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